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SELECTION ( * cliquer sur les notices pour plus de détails)

A la suite du résumé de chaque roman se trouve un article du quotidien "Le Temps" au sujet de l'ouvrage. Vous trouverez d'autres articles sur les auteurs et leur roman sur notre page presse ainsi que des émisssions de radio sur notre page podcasts.

La sélection 2014-2015 est :

BAECHLER, Sonia. On dirait toi. Editions Bernard Campiche, 2013

Dès la couverture, il est question de reflets, de ceux où rôde la Chenegauda, être fantomatique, légendaire et furtif: à la dérobée, elle joue en miroir ce que le départ de la terre natale peut porter de mystère. Etre à peine là, s'absenter en même temps que l'on se signale, c'est le lot des esprits; mais partir pour de bon, quelle affaire: "A regarder de près, mon inventaire était déjà bien chargé. J'avais une arrière-grand-mère bonne soeur, des tas de parents ivrognes et des vignes. Ca faisait un sacré héritage."(p. 134). L'alcool s'immisce, avec l'évidence et les soucis d'une tradition, entre l'arbre généalogique et les lieux signés de mémoire et de racines. "Car dans la Vallée courait le Nectar. Le Nectar qui partait en vapeur dans les guérites, endormait les parents des parents, les familles, les amis, le bon peuple et qui quiconque cherchait à contourner les drames. Il faut boire ce que nous pouvons d'heureux (...)" (p.19). Les chapitres découpent bien le cours de cette écriture fluide qui capte et entraine l'air de rien dans cette belle évocation du pays qui retient, qui empêche l'expatriation comme un exode impossible, l'exil injustifiable. Et pourtant la tentation... A l'orée de la route (p.55), "L'histoire est écrite là. La fin, le début, tout. Mais je ne sais pas encore lire. Tu n'es pas facile à lire comme sourire".

E. Coq (Comité de lecture)

BOSC, David. La claire fontaine. Editions Verdier, 2013

Ce livre n'est pas une biographie. Ni un essai sur la peinture. Pas un récit sur l'exil. Ou sur le paysage lémanique. Il ne traite pas de la mort qui approche. Ou du goût de la vie. La claire fontaine c'est tout cela autrement. Le portrait d'un artiste et d'une nature, celle du lieu, celle de l'homme. En moins d'une centaine de pages, Daniel Bosc parvient à raconter et rencontrer Courbet, quittant la France pour passer ses dernières années en Suisse. L'auteur peint en mots l'exil, le port de La Tour-de-Peilz, ses vagues, et ce Courbet qui bouffe et boit la vie. Jusqu'à la mort. David Bosc parvient à réunir concision et truculence, poésie et orgie pour une élégance charnelle. Celle de Courbet, celle de ce coin de pays.

"Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s'égarer, peut-être, au risque surtout d^'être ébloui, ravi, soulevé, délivré de lui-même, arraché à son isolement de créature et projeté, dispersé, incorporé au Grand Tout".

Sonia Zoran (Comité de lecture)

BUTI, Roland. Le milieu de l'horizon. Editions Zoé, 2013

Été 1976. La canicule ravage le pays. Et aussi les hommes. Auguste Sutter, dit Gus, le narrateur, 13 ans, voit sa famille exploser sous le poids des éléments. Son père, pourtant véritable force de la nature, dort dans la petite chambre. Sa mère, alors tendre et complice, s'éloigne peu à peu de lui. Gus, sa colombe sur l'épaule, voit petit à petit son monde s'effondrer. Il découvre que Cécile, l'amie qui fait du bien à sa mère, n'est pas qu'une copine. Lors du départ de sa mère, Gus livre un véritable combat. Puis il doit prendre en main l'exploitation délaissée, quitte l'enfance grâce à Mado, une fille du village qui ne lui plaît pas tant que ça, perd Rudy, son cousin, son frère, dans l'orage qui dévaste la poussinière. Dans ce drame terrien, qui a tout d'une tragédie, l'univers du jeune garçon se fissure comme la terre trop sèche. La dernière étape de Gus sera l'éjection de la colombe maudite, responsable de tous les maux. Huit chapitres, le dernier étant un saut dans le temps, la vente aux enchères de la ferme.

Jacques Troyon (Comité de lecture)

HÄRRI, Silvia. Loin de soi. Editions Bernard Campiche, 2013

Silvia Härri nous offre ici un petit florilège de portraits qui pourraient être très quelconques si elle n'y mettait sa touche personnelle faite de sensibilité et d'empathie non dénuée d'humour.
Portraits de personnages très banals en fait : Un petit garçon attend en vain sa mère et la nuit tombe, une femme passe un scanner et préfère ignorer le diagnostic, une ado fantasme sur sa prof d'histoire, une vieille femme parle au portrait de son défunt mari et une petite prostituée rêve tristement. Autant de situations tout au bord du quotidien, embarrassantes, parfois angoissantes mais toujours touchantes. "C'était un de ces soirs où la ville faisait la tronche un soir de brouillard et de vent&q écrit Silvia Härri posant là le décor dans lequel évoluent ses personnages, nous donnant immédiatement le goût de les découvrir davantage, de faire leur connaissance.
Loin de soi mais si proche de nous !

Monique Girardin (Comité de lecture)

LAYAZ, Michel. Le tapis de course. Editions Zoé, 2013

Qui n'a pas ressenti les regards mesquins ou les propos acerbes chuchotés dans une grande surface. Les files d'attente sont d'ailleurs le lieu de crispation et d'expression de la haine. Je, le narrateur, travaille au Secteur Littérature et philosophie de la Grande Bibliothèque. Il est marié avec deux garçons, et entretient sa forme sur son tapis de course. Mais lorsqu'il refuse de laisser passer un adolescent dans la file du supermarché, il s'entend dire : " Pauvre type !". L'interjection l'interpelle, le travaille, le torture. Pour ne pas sombrer, il se confesse sur son téléphone portable. Le tapis de course n'avale pas que les kilomètres, mais aussi les mots et les idées qui naissent dans l'esprit méprisant et méprisable de cet homme farci de certitudes. Dans ce monologue daté comme un journal du 22 août au 1er juin, le lecteur découvre avec délice un homme mauvais en tout, la quintessence du pauvre type, mauvais fils, mauvais mari, mauvais père, mauvais collègue, et lorsqu'il croise à nouveau l'adolescent, sa résolution se transforme en lâcheté.

Jacques Troyon (Comité de lecture)

POIRIER, Valérie. Ivre avec les escargots. Editions d'Autre Part, 2013

"Ivre avec les escargots", la formule a valeur de sésame. Elle permet à une petite Française exilée dans une rue au nom de mort de reconquérir le goût de la vie par la saveur des mots. Elle lui permet encore, devenue femme, d'entreprendre un pèlerinage sur les lieux de sa mémoire intime. Cette dernière, habitée des images et des valeurs d'une époque, est celle d'une génération bouleversée par les mouvements d'émancipation de mai 68. Porté par la finesse du verbe, le témoignage rejoint néanmoins la mémoire collective et fait écho au rapport que chacun entretient avec l'enfance, ses visages, ses lieux, ses espoirs et ses déceptions. Vécu dans une marginalité relative, le passé de la narratrice a soulevé des affections et des révoltes que le regard rétrospectif justifie, lui apposant une ironie qui chasse la nostalgie pour y loger une sourde dénonciation. La superposition de deux lectures, celle de l'enfant qui découvre le monde en même temps que ses illusions, et celle de l'adulte qui reconsidère son passé à la lumière de repères socio-historiques, confère au texte une profondeur paradoxale. De ce subtil partage entre naïveté et clairvoyance découle une succession de tableaux doux-amers. Il souffle sur chacun d'eux un vent de liberté, un appel d'air né de la confrontation de deux voix qui se rejoignent pour dire le scandale des illusions perdues, le droit à la marginalité, la fidélité aux rêves et le pouvoir des mots.

Aurélia Despont (Comité de lecture)

RAHMY, Philippe. Béton armé. Editions La Table ronde, 2013

Lorsque l'Association des écrivains de Shanghai l'invite en résidence, à l'automne 2011, Philippe Rahmy saisit cette opportunité de voyage. Philippe Rahmy est écrivain, poète,parolier, il a fait des études d'égyptologie et de philosophie mais le voyage, il ne connaît pas. Il est atteint de la maladie des os de verre. Les voyages qu'il a faits jusque là sont ceux qui l'ont conduit à l'hôpital. Après de multiples examens pour vérifier s'il peut supporter ce déplacement,Philippe Rahmy est enfin autorisé à partir.

"Je ne sais pas voyager ! Cette idée me tombe dessus comme je finis ma soupe. J'ai taché ma chemise. Je ne sais pas voyager. Je n'ai jamais appris. Par où commencer ? Je commence donc ici, maintenant".

Avec une très grande économie de moyens, Philippe Rahmy raconte sa découverte de la Chine, se mêlent des souvenirs d'enfance, par lesquels on perçoit toute la douleur et la difficulté induites par sa maladie. La langue coule sans peine avec pudeur et précision. L'exercice est dangereux entre le roman de voyage, l'autobiographie, l'essai, pourtant cet équilibre fragile, précaire est si joliment maintenu qu'on arrive de l'autre côté du livre avec le sentiment d'avoir lu un livre qu'il fallait lire.

Valérie Meylan (Comité de lecture)

SUBILIA, Anne-Sophie. Jours d'agrumes. Editions de l'Aire, 2013

"Jours d'agrumes" est une immersion dans l'univers bruyant, rude et rôdé du marché Jean-Talon, l'un des plus anciens marchés publics de Montréal. Sur les talons de Franca, une jeune Italo-Suisse qui a tourné le dos à l'Europe, ses études et ses souvenirs. Quitter le vieux continent est pour elle un geste de survie, un arrachement à l'insipidité morbide des jours endeuillés auquel les étalages de fruits et légumes, leurs couleurs et leurs textures offrent un contrepoint salvateur. Franca s'absorbe et s'épuise dans les tâches en chaîne, inédites et immédiatement routinières, tout en apprivoisant les lieux et les visages de son exil volontaire. À la rudesse des gestes et des codes qu'elle doit intégrer sur le tas - tri des légumes, achalandage, fonctionnement du tiroir-caisse ancestral et capricieux, mais surtout compréhension de la hiérarchie qui régit la petite entreprise familiale - correspond la poésie franche et chaleureuse du verbe québécois. Dans ce contexte exigeant mais sincère, elle réapprend à vivre, à côtoyer ses semblables, à s'aventurer, à savourer... L'expérience du déclassement, de la solitude et de l'altérité, de concert avec celle de la crasse et d'une forme de vulgarité, s'avère révélatrice de la beauté inattendue, secrète et envoûtante, que recèle un fruit trop mûr, ou un être abîmé.

Aurélia Despont (Comité de lecture)

VOISARD, Alexandre. Oiseau de hasard. Editions Bernard Campiche, 2013

Le poète jurassien s'intéresse ici à son grand-père Louis, intrigué par son absence sur les portraits de famille du salon et banni de l'arbre généalogique. C'est que, cet oiseau de hasard, ce drille de piètre mémoire, ce bougre d'individu est un loustic insaisissable ; buveur, fainéant, méprisable, culpabilisé par la mort de sa jeune femme Marie suite à une dispute, être sans foi ni loi, vivant tant bien que mal dans une époque rude et misérable faite de chômage et de privations.

Voisard, avec sa verve habituelle et son grand talent, rassemble les maigres pièces du puzzle de ce grand-père maudit pour reconstituer une vie imaginaire dans le Jura du XIXème siècle, il retrouve son carnet militaire jauni attestant son adhésion à la Légion étrangère, une photo de Louis en membre de la fanfare. Il le sort de la nuit et lui redonne une mémoire.

Monique Girardin (Comité de lecture)